Présidentielle 2027 à l'épreuve des faits

Thème 6 sur 11

Santé et accès aux soins

Le recul est mesuré : le nombre de maternités a pratiquement été divisé par deux depuis 1996 et l'accès aux médecins généralistes baisse. Le désaccord porte sur la cause — budget, organisation ou démographie médicale — et donc sur le remède.

Vécu
Maternités et urgences qui ferment, médecin traitant introuvable, délais d'attente qui s'allongent.
Mesuré
814 maternités en 1996, 428 fin 2024 ; accès aux généralistes en baisse ; les trois quarts de la population vivent en zone éligible aux aides à l'installation. Le vécu est confirmé.
Imputé
LFI : l'austérité budgétaire. RN : la bureaucratie et la gouvernance des ARS. La cause principale identifiée par la DREES — la baisse du temps médical disponible, héritage des numerus clausus — n'est mise en avant par aucun des deux.

Les faits

IndicateurValeurSource
Maternités en France métropolitaine1 369 en 1975, 814 en 1996, 428 fin 2024DREES
Accouchements725 000 en 1996, 613 000 en 2024DREES
Part des accouchements en maternité de type 1 (sans service de néonatologie)57 % en 1996, 15 % en 2024DREES
Maternités sous le seuil légal de 300 accouchements par anune vingtaineCour des comptes
Mortalité néonatale2,7 ‰, 22e rang sur 34 pays européens, trajectoire défavorable depuis 2012Cour des comptes
Accessibilité aux médecins généralistes3,3 consultations par an et par habitant en 2024 (−1,1 % en un an)DREES
Population en zone d'intervention prioritaire pour l'installation des généralistes36,7 % (et 39 % en zone d'action complémentaire)IRDES
Admissions en 2e année de médecineenviron 9 500 en 2019, plus de 12 000 en 2025Presse spécialisée
Personnels administratifs à l'hôpital11 % des effectifs salariés en 2023, part stableDREES
Progression de l'ONDAMObjectif national de dépenses d'assurance maladie, fixé chaque année par le Parlement. prévue 2018-2022+2,3 % par an, pour une croissance tendancielle estimée à +4,5 %Sénat

Trois faits structurent le débat. D'abord, la fermeture des maternités est une politique ancienne et assumée : les décrets de 1998 ont concentré les accouchements vers des établissements équipés en néonatologie. Le nombre de maternités a baissé bien plus vite que celui des naissances.

Ensuite, cette concentration n'a pas produit les résultats attendus. La Cour des comptes juge en 2024 la performance périnatale française « médiocre », avec des indicateurs en aggravation, alors que les moyens consacrés ont augmenté de 9 % entre 2016 et 2021 pour atteindre 9,3 milliards d'euros.

Enfin, le manque de médecins n'est plus un phénomène rural. Les trois quarts de la population habitent désormais un territoire éligible aux aides à l'installation des généralistes. La cause principale identifiée par la DREES est la baisse du temps médical disponible, héritage des numérus clausus très bas des années 1990.

L'argument LFI

La carte des fermetures épouse celle de l'austérité. Pendant une décennie, l'objectif de dépenses d'assurance maladie a été fixé très en dessous de la croissance naturelle des besoins, et l'hôpital a été piloté par l'activité plutôt que par les besoins.

D'où la réouverture progressive d'urgences, de maternités et d'EHPAD publics garantissant un service de santé de proximité à moins de trente minutes de chaque Français. LFI propose aussi de remplacer l'objectif de dépenses (ONDAM) par un objectif des besoins, de financer l'hôpital par dotation globale et de rembourser à 100 % les soins prescrits.

L'argument RN

Le constat est le même, la cause non. Ce qui a vidé les territoires, c'est la bureaucratie et une gouvernance sans responsable élu : la décision de fermer un service se prend dans une agence régionale que personne n'a choisie. L'argent existe, il est mal employé.

Le programme santé du RN, présenté en 2022 et repris en 2024, prévoit 20 milliards d'euros pour la santé, la suppression des ARS au profit des préfets, un plafond de 10 % de postes administratifs à l'hôpital, un moratoire sur les fermetures de lits, 10 000 places de formation supplémentaires pour infirmiers et aides-soignants et une hausse de 10 % du salaire des infirmiers. Il propose aussi de sortir de la tarification à l'activité et de moduler la rémunération des médecins selon leur lieu d'installation. Aucune version 2027 détaillée n'est publiée à ce jour.

Coût et financement

Effet sur le déficit
LFI
Non chiffré, potentiellement élevé
LFI : Non chiffré, potentiellement élevé
RN
+4 Md€
RN : +4 Md€ (20 Md€ sans échéancier, étalés sur cinq ans)
alourdit le déficitallège le déficitFourchettes en milliards d'euros par an, selon les chiffrages cités dans chaque thème.
ProgrammeMesureCoût estiméSource du chiffrageFinancement annoncéFinancement documenté
LFIRéouverture d'urgences, de maternités et d'EHPAD publics à moins de 30 minutesNon chiffrée—Recettes fiscales nouvellesNon
LFIRemboursement à 100 % des soins prescritsNon chiffré dans les sources consultées—Recettes fiscales nouvellesNon
LFIObjectif des besoins à la place de l'ONDAM, dotation globaleNon chiffré——Non
RNPlan santé (formation, salaires infirmiers, moratoire sur les lits)20 Md€Milliard d'euros. annoncés en 2022, sans échéancier précisé dans les sources consultéesRNPlan d'économies non publiéNon
RNSuppression des ARS, plafond d'administratifs à 10 %Économie non chiffrée———

Aucune mesure structurante n'est chiffrée de façon indépendante. Le seul montant disponible, les 20 milliards d'euros annoncés par le RN en 2022, n'est rattaché à aucun financement identifié. Côté LFI, le remboursement à 100 % transférerait vers l'assurance maladie une dépense aujourd'hui assumée par les complémentaires et les ménages, dont le montant n'est pas évalué dans les sources consultées.

Effet sur le déficit. LFI : non chiffré mais potentiellement élevé. En 2024, les complémentaires ont financé environ 33 Md€ de soins et les ménages environ 20 Md€ (DREES, via Hospitalia) ; le remboursement à 100 % en transférerait une partie à l'assurance maladie. RN : 20 Md€ annoncés en 2022 sans échéancier, soit environ 4 Md€ par an (0,1 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros.) s'ils sont étalés sur cinq ans, sans financement documenté.

Les objections

À LFI. Rouvrir des maternités et des urgences suppose des gynécologues, des anesthésistes et des sages-femmes qui manquent aujourd'hui. Les admissions en études de médecine n'augmentent que depuis 2020, et une formation dure de neuf à douze ans : aucune garantie de distance ne peut produire ces professionnels avant le début des années 2030.

La proximité entre aussi en tension avec la sécurité. L'Académie de médecine a recommandé en 2023 de fermer les maternités réalisant moins de 1 000 naissances par an, et la Cour des comptes demande de fermer sans délai celles qui restent sous le seuil de 300 sans garanties de sécurité. Enfin, ni la réouverture des services, ni le remboursement à 100 %, ni l'objectif des besoins ne sont chiffrés dans les sources consultées.

Au RN. Le plafond de 10 % de postes administratifs ne libère presque rien : selon la DREES, les personnels administratifs représentent déjà 11 % des effectifs salariés des hôpitaux, une part stable depuis au moins 2010. Une partie d'entre eux sont des secrétariats médicaux, qui libèrent justement du temps soignant.

Le chiffre de 100 000 lits fermés en vingt ans reflète en partie le virage ambulatoire, ce que reconnaît le conseiller santé du RN lui-même. Un moratoire sur les lits ne crée pas les soignants pour les tenir, et transférer la tutelle des ARS aux préfets déplace la décision sans lever la contrainte de personnel.

Surtout, 20 milliards de dépenses de santé supplémentaires coexistent avec un plan de 100 à 125 milliards d'économies non détaillé : la santé étant le deuxième poste de dépenses publiques, elle ne peut pas à la fois être renforcée et épargnée par les coupes sans que le reste de l'effort soit précisé.

Ce qui reste valide

Pour LFI : la contrainte budgétaire a été délibérée. L'ONDAM a été fixé pendant des années très en dessous de la croissance tendancielle des dépenses. Les fermetures ont aussi allongé les trajets : selon la DREES, la part des femmes en âge de procréer vivant à plus de 45 minutes d'une maternité a augmenté entre 2000 et 2017.

Pour le RN : la gouvernance est complexe et éloignée des élus locaux, et la Cour des comptes elle-même estime possible de dégager 20 milliards d'euros d'efficience sur l'assurance maladie d'ici 2029. L'argent n'est pas toujours bien employé — mais les gisements identifiés portent sur les médicaments, la pertinence des soins et la prévention, pas sur l'administration hospitalière.

Pour les deux : le vécu est exact, et c'est sans doute le thème où le ressenti est le plus étroitement corrélé aux données. Le point aveugle est commun : ni l'un ni l'autre ne dit que la contrainte principale est aujourd'hui démographique, et qu'elle ne se lèvera pas avant le quinquennat suivant.

La convergence des experts

Deux orientations rassemblent des acteurs d'horizons différents. La première est l'exercice coordonné et la délégation de tâches aux infirmiers et pharmaciens : le gouvernement vise 5 000 maisons de santé « France Santé » en 2027 avec un objectif d'offre de soins à moins de trente minutes — un objectif de distance proche de celui de LFI.

La deuxième est la connaissance : la Cour des comptes recommande un registre national des naissances pour comprendre la hausse de la mortalité infantile, mesure reprise dans une proposition de loi transpartisane adoptée en première lecture en mai 2025.

Le point qui reste disputé est l'arbitrage entre proximité et sécurité des petites maternités : la même proposition de loi prévoit un moratoire de trois ans sur leurs fermetures, sauf danger avéré, à rebours des recommandations de la Cour et de l'Académie de médecine.

À surveiller

  • L'examen au Sénat de la proposition de loi sur la mortalité infantile et le moratoire sur les maternités.
  • Le vote de l'ONDAM 2027, fixé à +2 % dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté le 1er octobre 2026 ; le gouvernement y ramène le déficit de l'assurance maladie de 21,8 à 12,7 Md€.
  • Une éventuelle version 2027 du programme santé du RN.
  • Les effets de la suppression du numerus apertus en 2025 sur les admissions en médecine.

Sources

Statistique publique et sources officielles

Programmes

Analyses et presse