Présidentielle 2027 à l'épreuve des faits

Thème 7 sur 11

L'État et son fonctionnement

Les effectifs publics ont augmenté de 7 % depuis 2011, le coût de la complexité réglementaire pour les entreprises est estimé à au moins 3 % du PIB, et six usagers sur dix peinent dans leurs démarches. Sur ce thème, la ligne de fracture ne passe pas entre LFI et le RN : elle les oppose ensemble au centre et à la droite, qui proposent seuls des réductions d'effectifs chiffrées.

Vécu
Une administration lointaine, des démarches en ligne difficiles, des normes qui compliquent la vie des entreprises, un sentiment d'irresponsabilité.
Mesuré
Effectifs publics en hausse de 7,2 % depuis 2011 ; France dans la « moyenne haute » internationale ; 61 % des usagers en difficulté dans leurs démarches ; coût des normes estimé à au moins 3 % du PIB. Le vécu est confirmé sur la complexité, plus nuancé sur le nombre d'agents.
Imputé
LFI : le manque de moyens et d'agents. RN : la prolifération des agences. Centre et droite : des effectifs trop nombreux.

Les faits

IndicateurValeurSource
Agents publics fin 20235,80 millions, soit 19,9 % de l'emploi total (État 2,57 M, territoriale 1,99 M, hospitalière 1,24 M)DGAFP
Évolution 2011-2023+7,2 % (État +5,7 %, territoriale +7,7 %, hospitalière +9,7 %)DGAFP
Part de contractuels23 % des agentsDGAFP
Emplois publics pour 1 000 habitants89 en France, pour une moyenne de 83 sur 19 pays développés (Royaume-Uni 80, États-Unis 68, Norvège 159)France Stratégie
Absences pour raison de santé, 202411,1 jours par agent, 0,5 jour de plus que dans le privé ; agents de l'État moins absents que les salariés du privéDGAFP
Sanctions dans la fonction publique d'État, 20223 351 mesures disciplinaires, dont 222 révocations et 13 licenciements pour insuffisance professionnelleDGAFP
Coût de la réglementation pour les entreprisesau moins 3 % du PIB selon le gouvernement, avec des estimations variant du simple au doubleSénat
Usagers en difficulté dans leurs démarches administratives61 % en 2026, contre 39 % en 2016Défenseure des droits

Cinq faits structurent le débat. D'abord, la hausse des effectifs vient surtout de l'hôpital et des collectivités, sous l'effet du vieillissement et des transferts de compétences. Dans la fonction publique d'État, les hausses récentes se concentrent dans l'Éducation nationale et à l'Intérieur.

Ensuite, la France n'est pas une exception internationale en effectifs. France Stratégie la situe dans la « moyenne haute » : elle externalise moins que ses voisins, et se distingue davantage par le poids de ses prestations sociales en espèces que par le nombre de ses agents.

Troisième fait : les promesses de réduction se réalisent rarement. L'objectif de 120 000 suppressions de postes annoncé en 2017 a été abandonné après la crise des Gilets jaunes. En 2026, la suppression nette de 3 000 postes affichée par le gouvernement intègre des caisses de Sécurité sociale, alors que les documents budgétaires montrent des créations dans la fonction publique d'État.

Quatrième fait, sur la responsabilité des agents : le sentiment d'une « déresponsabilisation » est répandu mais difficile à mesurer directement. Les indicateurs disponibles sont partiels et contrastés : l'absentéisme est proche de celui du privé, mais le licenciement pour insuffisance professionnelle reste exceptionnel — 13 cas en 2022 pour environ 1,5 million de fonctionnaires d'État.

Enfin, le poids des normes est réel mais mal mesuré. Les estimations vont de 60 à 84 milliards d'euros par an selon les gouvernements successifs, et jusqu'à 100 milliards selon la Fondation IFRAP. Dans une enquête comparative, 46 % des entreprises françaises se déclarent contraintes par la réglementation, contre 8 % en Allemagne et 4 % au Royaume-Uni.

L'argument LFI

Les services publics sont le patrimoine de ceux qui n'en ont pas. La France n'est pas sur-administrée : elle manque d'enseignants, de soignants, de greffiers et de juges, et la précarité progresse avec près d'un quart de contractuels. La dématérialisation a éloigné l'administration des usagers, et le non-recours aux droits qui en résulte est une économie cachée sur le dos des plus fragiles.

D'où la hausse de 10 % du point d'indice et l'inscription de son dégel dans la loi, la titularisation des contractuels, une distance maximale de 15 à 30 minutes entre tout domicile et les services publics essentiels (école, gare, hôpital, bureau de poste), et la réouverture d'accueils physiques. Quant aux normes, elles protègent les salariés, les consommateurs et l'environnement : la « simplification » sert souvent de nom à la déréglementation.

L'argument RN

Il faut « remettre l'État en ordre », pas le démanteler. Ce qui a dérivé, ce n'est pas le nombre de policiers ou d'infirmières, ce sont les agences et opérateurs dont les dépenses ont fortement crû, et un mille-feuille où plus personne ne décide ni ne répond de rien.

Le RN propose de rationaliser les agences publiques, de supprimer les ARS, de lancer un audit des comptes de la nation et des états généraux de la simplification. Il veut remplacer ce qu'il appelle l'« écologie punitive » par une « écologie du bon sens », en allégeant les normes. Il ne fixe pas d'objectif de réduction du nombre d'agents.

Les autres positions

Les réductions d'effectifs chiffrées viennent du centre et de la droite. Gabriel Attal propose de supprimer 100 000 postes de fonctionnaires, en épargnant les ministères prioritaires, ce qui ferait porter l'effort sur environ 800 000 agents. Bruno Retailleau veut accélérer le non-remplacement des départs dans les fonctions support et réserver le statut de fonctionnaire aux fonctions régaliennes. Pour ordre de grandeur, la fonction publique d'État compte près de 40 000 départs à la retraite par an.

Coût et financement

Effet sur le déficit
LFI
Point d’indice compté au bloc 5
LFI : Point d’indice compté au bloc 5
RN
Allègement annoncé, non chiffré
RN : Allègement annoncé, non chiffré
alourdit le déficitallège le déficitFourchettes en milliards d'euros par an, selon les chiffrages cités dans chaque thème.
ProgrammeMesureCoût ou économie estimésSource du chiffrageFinancement annoncéFinancement documenté
LFIHausse de 10 % du point d'indiceEnviron 21 Md€Milliard d'euros. par an brut ; 12 Md€ net selon la gauche (2022)Gouvernement (2022, extrapolé) ; NUPESRétablissement d'un ISF renforcéPartiellement
LFITitularisation des contractuelsNon chiffrée——Non
RNRationalisation des agences, suppression des ARSÉconomie non chiffrée———
AttalSuppression de 100 000 postesÉconomie non chiffrée dans les sources consultées———
RetailleauNon-remplacement dans les fonctions supportÉconomie non chiffrée dans les sources consultées———

Ce bloc est le seul où la mesure phare de LFI est chiffrable — la revalorisation du point d'indice, qui figure aussi au bloc 5 —, tandis que le RN et les autres candidats promettent des économies sans les chiffrer. Pour ordre de grandeur, calculé ici et non tiré d'une source : 100 000 postes représentent environ 1,7 % des effectifs publics, soit de l'ordre de 3,5 milliards d'euros par an si les postes supprimés avaient le coût moyen de la masse salariale de 2021.

Effet sur le déficit. LFI : le point d'indice est déjà compté au bloc 5 ; la titularisation n'est pas chiffrée. RN : allègement annoncé mais non chiffré. Repère calculé ici avec le même coût moyen : 100 000 postes en moins allègent le déficit d'environ 3,5 Md€ par an ; les 250 000 à 300 000 postes avancés par Bruno Retailleau, de 9 à 10 Md€, soit 0,3 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros., une fois les départs réalisés.

Les objections

À LFI. Les effectifs ont augmenté de 7 % depuis 2011 sans que les difficultés ressenties reculent : le problème n'est donc pas seulement le nombre d'agents, mais leur répartition et l'organisation du travail. La hausse de 10 % du point d'indice, appliquée à 5,8 millions d'agents, représenterait un coût très élevé qui n'est pas chiffré dans les sources consultées.

Sur les normes, le coût pour les entreprises est reconnu par tous les gouvernements successifs, et le programme LFI en ajouterait dans plusieurs domaines. Réouvrir des guichets suppose aussi des agents formés, alors que le réseau France services existe déjà.

Au RN. Supprimer des agences ne garantit pas d'économies. L'amendement déposé par le RN au budget 2026 le montre lui-même : malgré la réduction du nombre d'opérateurs en 2016 et 2021, leur coût est passé de 48,9 milliards d'euros en 2012 à 73,3 milliards prévus en 2026. Les missions subsistent et sont transférées ailleurs.

La masse salariale publique représentait 211 milliards d'euros en 2021, soit 8,5 % du PIB. Un plan de 100 à 125 milliards d'économies sans objectif sur les effectifs doit donc trouver l'essentiel ailleurs, sans que le programme dise où. Enfin, une part importante des normes environnementales découle du droit européen et ne peut pas être supprimée unilatéralement.

Au centre et à la droite. Les suppressions de postes se heurtent à un obstacle structurel : la hausse vient surtout de l'hôpital et des collectivités, que l'État ne pilote pas directement. Supprimer des postes sans revoir les missions produit souvent de l'externalisation ou des heures supplémentaires plutôt que des économies nettes.

Ce qui reste valide

Pour LFI : la France n'est pas une anomalie internationale en effectifs, la précarité progresse avec les contractuels, et la dématérialisation dégrade l'accès aux droits des plus fragiles.

Pour le RN : la dépense des opérateurs de l'État a fortement augmenté, et l'empilement des structures dilue la responsabilité politique des décisions.

Pour le centre et la droite : le coût de la complexité normative est significatif, et les outils de gestion de l'insuffisance professionnelle sont très peu utilisés.

Pour tous : aucun programme ne relie explicitement le nombre d'agents à une revue des missions. On débat du nombre de postes avant de décider ce que l'État doit faire, et c'est sans doute ce qui explique l'échec répété des promesses de réduction comme d'amélioration.

La convergence des experts

Trois points rassemblent des acteurs d'orientations différentes. Le premier est la simplification normative pour les entreprises : le Sénat, dans son rapport de 2023, la juge « l'un des rares gisements de productivité » et regrette l'absence d'instance dédiée, sur le modèle de celle qui existe pour les collectivités.

Le deuxième est l'analyse par la dépense plutôt que par les seuls effectifs, que recommande France Stratégie pour éviter les comparaisons trompeuses. Le troisième est l'accès multicanal : la Défenseure des droits, le gouvernement et LFI convergent sur la nécessité d'alternatives au tout-numérique, notamment via les quelque 2 800 France services.

À surveiller

  • Le schéma d'emplois de l'État dans le projet de loi de finances pour 2027.
  • Le détail de la proposition de Gabriel Attal : ministères concernés, calendrier, missions supprimées.
  • Le rapport annuel 2026 de la DGAFP, qui donnera les effectifs de 2024.
  • Les éventuelles précisions du RN sur les agences visées et le montant attendu.

Sources

Statistique publique et sources officielles

Programmes et positions

Analyses et presse