Présidentielle 2027 à l'épreuve des faits

Thème 11 sur 11

Dette et trajectoire

Ce bloc additionne les lignes « Effet sur le déficit » des dix blocs précédents et les confronte à la trajectoire de la dette. Dans leur état publié, aucun des deux programmes ne rapproche le déficit du niveau qui stabilise la dette, environ 2 points de PIB selon la Cour des comptes. Tous deux l'en éloignent. Les méthodes divergent sur l'ampleur, pas sur le sens.

Vécu
Une dette abstraite au quotidien, ressentie surtout de façon indirecte : pression fiscale, services publics jugés dégradés, budgets adoptés dans la douleur chaque automne.
Mesuré
119 % du PIB fin juin 2026, un niveau inédit depuis le début de la série de l'INSEE ; une charge d'intérêts qui dépasse 77 Md€Milliard d'euros. en 2026 ; un écart de taux avec l'Allemagne au plus haut depuis 2012. Le problème est confirmé et il s'aggrave.
Imputé
LFI : les baisses d'impôts consenties depuis 2017 et une austérité qui freine la croissance. RN : l'immigration, la contribution européenne, la fraude et les agences de l'État. Centre et droite : le poids des dépenses sociales, retraites en tête.

Les faits

IndicateurValeurSource
Dette publique fin juin 20263 595,5 Md€, soit 119,0 % du PIB ; +59,6 Md€ en un trimestreINSEE
Dette publique fin 20253 460,5 Md€, soit 115,6 % du PIB (112,6 % en 2024)INSEE
Dette prévue fin 2027121,7 % du PIBGouvernement
Déficit publicÉcart entre les dépenses et les recettes de l'ensemble des administrations publiques sur une année. 2025152,5 Md€, soit 5,1 % du PIBINSEE
Déficit prévu en 20265,4 % selon le gouvernement (projet de loi de finances, 1er octobre) ; 5,0 % selon la Cour des comptes (juin) ; 5,2 % selon Fitch (août)Cour des comptes ; Fitch ; ministère de l'Économie
Déficit visé en 20275,0 % du PIB, avec un effort de 54 Md€ dont 43 Md€ de mesures nouvelles et une croissance de 1 % ; le HCFP juge cette croissance optimiste et le retour sous 3 % en 2029 « très peu probable »Ministère de l'Économie ; HCFP
Charge d'intérêts, toutes administrations64,7 Md€ en 2025 (+11,2 %) ; plus de 77 Md€ attendus en 2026, soit 2,5 points de PIB ; 79,2 Md€ en 2026 puis 91,2 Md€ en 2027 selon le projet de budgetINSEE ; Cour des comptes ; ministère de l'Économie
Déficit qui stabilise la dette2,1 points de PIB (estimation pour 2025)Cour des comptes
Dépenses publiques et prélèvements obligatoires en 202557,2 % et 43,6 % du PIBINSEE
Taux à dix ansenviron 4,55 % le 18 septembre 2026 ; écart avec l'Allemagne au-dessus de 100 points de base, une première depuis 2012 ; près de 5 % le 1er octobre, au plus haut depuis 2002, l'écart touchant un sommet depuis 2012Marchés (XTB ; Reuters via Boursorama)
NotationFitch : A+, perspective stable, confirmée le 28 août 2026Fitch

Trois faits structurent le débat. D'abord, la dette grossit plus vite que la richesse nationale : près de 4 points de PIB en un an. La charge d'intérêts en est la cause la plus mécanique. Selon la Cour des comptes, elle représente désormais la moitié du déficit.

Ensuite, l'écart entre le taux d'intérêt et la croissance joue contre la France. Quand la dette coûte plus cher que ce que l'économie gagne en valeur, elle augmente même à effort constant : c'est l'effet « boule de neige ». Avec une croissance de 0,5 % prévue en 2026, le déficit qui stabilise la dette tombe autour de 2 points de PIB.

Enfin, l'effort nécessaire se chiffre simplement. Passer d'un déficit de 5,1 % à 2,1 % représente 3 points de PIB, soit près de 90 Md€ par an aux prix de 2025. Ce calcul est fait ici à partir des chiffres de la Cour ; il donne l'ordre de grandeur, pas un objectif officiel. Le cadre européen vise d'abord un retour sous 3 %, soit un effort d'environ 60 Md€.

L'argument LFI

La dette n'est pas le problème que l'on dit. Un État qui emprunte pour investir laisse aussi des actifs aux générations futures, et le vrai danger est l'austérité, qui casse la croissance et donc les recettes. Le déficit vient d'abord des baisses d'impôts accordées aux entreprises et aux ménages les plus aisés depuis 2017 ; il se corrige en rétablissant ces recettes.

D'où deux propositions. Sur le budget, LFI revendiquait en 2022 un programme excédentaire : 250 Md€ de dépenses nouvelles et 267 Md€ de recettes, effets de relance compris. Sur la dette, Jean-Luc Mélenchon a proposé le 5 septembre 2026 de transformer la part détenue par la Banque centrale européenne, environ 18 % du total, en dette perpétuelle à taux zéro. Il précise que les créanciers privés ne seraient pas concernés.

L'argument RN

La dette est un vrai problème, mais on peut la maîtriser sans toucher aux droits des Français ni aux retraites. Marine Le Pen avance 125 Md€ d'économies, « en tapant dans le gras » des administrations, selon ses propos rapportés.

Les postes cités depuis le débat du Medef, fin août : la contribution au budget européen (10 Md€ nets), l'immigration (25 Md€), les agences jugées redondantes, la fraude et l'aide financière à l'Ukraine. Le RN rejette l'annulation de dette proposée par LFI et promet une trajectoire budgétaire du quinquennat début octobre 2026.

Les autres positions

Édouard Philippe fait du retour à l'équilibre un axe central et refuse toute annulation de dette, qui mettrait selon lui la France en situation d'« interdit bancaire ». Bruno Retailleau propose de supprimer 250 000 à 300 000 postes de fonctionnaires. Gabriel Attal propose d'annuler les hausses du coût du travail décidées depuis 2024, ce qui coûte au budget. Le gouvernement a présenté son projet de loi de finances pour 2027 le 1er octobre 2026 : déficit visé de 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % en 2026.

Coût et financement

Quatre chiffrages globaux existent. Ils portent sur des versions différentes des programmes et utilisent des méthodes différentes : ils se comparent sur le sens, pas au milliard près.

ChiffrageLFIRNÀ garder en tête
Revendiqué par le partiExcédent de 17 Md€ par an : 250 Md€ de dépenses, 267 Md€ de recettes (2022)125 Md€ d'économies annoncées, non détaillées ; ni l'horizon ni l'usage ne sont précisésLes recettes de LFI incluent les effets de relance attendus ; le plan du RN n'est pas publié
Institut Montaigne (législatives 2024)Déficit alourdi de 179 Md€ par an, soit 6,3 points de PIB, pour le programme du Nouveau Front populaireDéficit alourdi de 71 Md€ par an, soit 2,5 points de PIBThink tank libéral ; programmes de 2024, modifiés depuis ; le NFP dépasse le seul périmètre de LFI
France Budget (2026)Déficit de 8,4 % et dette de 137 % du PIB en 2030Déficit de 7,3 % et dette de 133 % en 2030, hors plan de 125 Md€Simulateur privé ; son scénario de référence donne déjà 6,4 % et 129 %
Addition des blocs 1 à 10 (calcul du document)Déficit alourdi de 56 à 94 Md€ par an, hors santé et EuropeDéficit alourdi de 9 à 57 Md€ par an, hors plan de 125 Md€Chiffrages hétérogènes, sans effets de croissance ni interactions

L'addition des blocs se décompose ainsi, chaque mesure n'étant comptée qu'une fois. Pour LFI, le bas de la fourchette retire les 6,3 Md€ d'isolation et de chauffage du plan logement, qui recoupent probablement le plan d'investissement écologique.

PosteLFI, en Md€ par anRN, en Md€ par an
Retraites (bloc 2)+50 à +58+9 à +35
Pouvoir d'achat, point d'indice et TVA sur l'énergie compris (blocs 5, 7 et 10)+12 à +21+16 à +29
Investissement écologique (bloc 10)+40, dont une partie recoupe le logement—
Logement (bloc 9)+12faible
Santé (bloc 6)non chiffré, potentiellement élevé+4
Fiscalité du capital (bloc 3)−37 à −52inconnu
Immigration (bloc 1)faible−3 à −12
Europe (bloc 8)jusqu'à −8, non retenu−8, déjà affecté
Solde+56 à +94+9 à +57

Le signe + alourdit le déficit, le signe − l'allège. Rapporté au PIB, le solde représente 1,9 à 3,1 points pour LFI et 0,3 à 1,9 point pour le RN, à ajouter à un déficit déjà supérieur de 3 points au niveau qui stabilise la dette.

Deux inconnues peuvent changer ce bilan. Pour le RN, le plan de 125 Md€ : s'il est annuel, détaillé et crédible, il inverserait le signe ; s'il est cumulé sur cinq ans, il représenterait environ 25 Md€ par an. Pour LFI, le rendement réel des nouveaux impôts et l'ampleur des effets de relance. Aucun des programmes simulés par France Budget, y compris ceux du centre et de la droite, ne ramène le déficit sous 3 % en 2030.

Les objections

À LFI. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a jugé le 11 septembre la proposition sur la dette « illégale », dangereuse et inutile. Illégale parce que les traités européens interdisent le financement monétaire des États ; dangereuse pour l'inflation ; inutile parce qu'elle ne réduit pas le déficit. L'économie d'intérêts serait de 12 à 15 Md€ par an au mieux, et une partie de ces intérêts revient déjà à l'État par les dividendes de la banque centrale.

Surtout, avec un déficit d'environ 150 Md€ par an, les quelque 640 Md€ visés se reconstitueraient en quatre ans environ. Quant au programme, même avec les effets de croissance modélisés par France Budget, il porte le déficit à 8,4 % en 2030.

Au RN. Le plan de 125 Md€ n'est ni publié ni daté, et il exclut les retraites, qui pèsent environ 13 % du PIB. Ses deux postes chiffrés sont fragiles. L'immigration passe de 11,9 Md€ dans le contre-budget précédent à 25 Md€, quand l'Institut Montaigne chiffre la mesure phare à 2,6 Md€. L'Europe est plafonnée par le solde net, autour de 8 à 10 Md€, et exposée aux représailles sur la PAC. Les économies déjà affichées financent en outre des baisses d'impôts, pas le désendettement.

Ce qui reste valide

Pour LFI : le rythme de l'effort compte autant que son montant. Un ajustement trop brutal réduit la croissance et donc les recettes, ce que reconnaissent aussi des économistes qui ne partagent pas ses conclusions. Et la dette ne se juge pas sans l'investissement qu'elle finance.

Pour le RN : la dette est un problème réel et urgent, ce que LFI relativise. Les doublons entre l'État et ses agences et la fraude existent, même si leur rendement est très inférieur à ce qui est annoncé.

Pour les deux : chacun désigne un payeur extérieur à son électorat — les hauts patrimoines, les étrangers, Bruxelles — et épargne les deux postes les plus lourds, retraites et santé. C'est le critère de disproportion appliqué aux finances publiques : les montants imputés ne couvrent pas l'effort nécessaire.

La convergence des experts

La Cour des comptes, la Banque de France, Fitch et les simulateurs indépendants s'accordent sur trois points. La dette n'est pas stabilisée et la charge d'intérêts va continuer de monter. L'effort nécessaire se compte en dizaines de milliards par an, sur plusieurs années. Aucune mesure isolée, annulation comme économie ciblée, ne suffit.

Les économistes hétérodoxes contestent ce cadrage : certains, comme Laurence Scialom, jugent l'annulation de la dette détenue par la banque centrale économiquement fondée. Ce camp est lui-même divisé : Henri Sterdyniak, cofondateur des Économistes atterrés, y voit un geste sans effet, la perte de la banque centrale compensant le gain de l'État.

À surveiller

  • L'examen parlementaire des projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2027, présentés le 1er octobre 2026, et les amendements de LFI et du RN.
  • La trajectoire budgétaire et le contre-budget que Marine Le Pen et Jordan Bardella doivent présenter le 6 octobre 2026 : détail des 125 Md€, horizon annuel ou cumulé, usage.
  • Le chiffrage d'automne annoncé par LFI.
  • La dette à fin septembre, publiée par l'INSEE le 18 décembre 2026.
  • Le taux à dix ans, l'écart avec l'Allemagne et les prochaines revues des agences de notation.

Sources

Sources officielles

Programmes et positions

Chiffrages

Analyses, marchés et presse