Présidentielle 2027 à l'épreuve des faits

Thème 10 sur 11

Énergie et écologie

C'est le seul thème où LFI et le RN se trompent sur les faits eux-mêmes, et pas seulement sur leur interprétation : l'un rejette le nouveau nucléaire, l'autre l'éolien, alors que l'étude de référence de RTE conclut qu'il faut probablement les deux. Et les deux concentrent le débat sur l'électricité, déjà décarbonée à 95 %, alors que le problème climatique français tient surtout au pétrole et au gaz.

Vécu
Des factures d'énergie qui flambent, des éoliennes imposées aux campagnes, une écologie perçue comme punitive ; et, à l'inverse, une inquiétude climatique nourrie par les canicules.
Mesuré
Électricité décarbonée à 95 % et exportations record ; mais énergies fossiles encore autour de 60 % de l'énergie consommée, pour plus de 60 Md€Milliard d'euros. d'importations par an ; prix de l'énergie en hausse de 16,7 % sur un an en août 2026. Le vécu est confirmé sur les prix ; l'enjeu climatique est d'abord fossile.
Imputé
LFI : la dépendance au nucléaire et la libéralisation du marché. RN : les renouvelables intermittentes, les normes et Bruxelles.

Les faits

IndicateurValeurSource
Mix électrique en 2025nucléaire 69,6 %, hydraulique 11,2 %, éolien 9,1 %, solaire 5,7 %, gaz 3,1 %RTE
Part bas carbone de la production d'électricité95,2 % en 2025RTE
Part des énergies fossiles dans l'énergie consomméeenviron 60 %PPE 2026-2035
Importations de pétrole et de gazplus de 60 Md€ par anPPE 2026-2035
Coût complet annuel du système électrique à long termede 59 Md€ (scénario à 50 % de nucléaire en 2050) à 80 Md€ (scénario 100 % renouvelable en 2060)RTE
EPR de Flamanvilledevis initial de 3,3 Md€, coût total de 23,7 Md€ (valeur 2023, financement compris), douze ans de retardCour des comptes
Six réacteurs EPR251,7 Md€ annoncés en 2022, 67,4 Md€ fin 2023 (valeur 2020, hors financement) ; premier réacteur visé en 2038Cour des comptes ; PPE
Programmation pluriannuelle de l'énergie (décret du 12 février 2026)six EPR2, éolien en mer multiplié par quinze et solaire par quatre par rapport à 2023, éolien terrestre ralentiGouvernement

Quatre faits structurent le débat. D'abord, l'électricité n'est pas le cœur du problème climatique français : elle est déjà très largement décarbonée. Ce sont le pétrole et le gaz, utilisés dans les transports, le chauffage et l'industrie, qui représentent encore environ 60 % de l'énergie consommée, et que la nouvelle programmation vise à réduire des deux tiers d'ici 2035.

Ensuite, l'étude « Futurs énergétiques 2050 » de RTE contredit chacun des deux camps. Les renouvelables produisent l'électricité la moins chère — 25 à 55 euros par mégawattheure pour les grands parcs, contre 60 à 85 pour le nouveau nucléaire —, mais les systèmes comprenant du nouveau nucléaire coûtent au total moins cher, d'environ 10 milliards d'euros par an dans les scénarios les plus vraisemblables, parce qu'ils demandent moins de réseau et de flexibilité. Et même le scénario le plus nucléarisé suppose 70 gigawatts de solaire, 43 d'éolien terrestre et 22 d'éolien en mer.

Troisième fait : les dérives du nucléaire neuf sont documentées. Flamanville a coûté sept fois son devis initial, et la Cour des comptes y estime la rentabilité à environ 2 %. Le coût des six EPR2 a déjà augmenté de 30 %, et la Cour demande de différer la décision finale d'investissement jusqu'à ce que le financement soit sécurisé.

Enfin, la programmation pluriannuelle de l'énergie a été adoptée par décret en février 2026, sans vote du Parlement. Elle est contestée des deux côtés : Marine Le Pen et Bruno Retailleau lui reprochent de trop miser sur les renouvelables, Jean-Luc Mélenchon de relancer un nucléaire qu'il juge ruineux.

L'argument LFI

La bifurcation écologique est la condition de tout le reste. Le nucléaire n'est pas une solution d'avenir : il est cher, lent, dangereux en cas d'accident, et l'on ne sait toujours pas gérer ses déchets à vie longue. RTE lui-même reconnaît qu'un système 100 % renouvelable est faisable, et que les renouvelables sont désormais compétitifs.

LFI veut planifier le passage à 100 % d'énergies renouvelables en 2050, par la sobriété et l'efficacité énergétique, sortir du nucléaire en abandonnant les projets d'EPR et en planifiant le démantèlement et la reconversion des sites, et rénover massivement les logements. Elle veut aussi inscrire dans la Constitution une « règle verte » — ne pas prélever sur la nature plus qu'elle ne peut reconstituer —, viser une baisse de 65 % des émissions d'ici 2030, créer un Conseil à la planification écologique et cesser toute subvention aux énergies fossiles.

L'argument RN

Le nucléaire est la fierté industrielle française et la raison pour laquelle l'électricité française est l'une des plus décarbonées d'Europe. Les éoliennes, intermittentes et subventionnées, défigurent les paysages ruraux, et Bruxelles impose des énergies intermittentes au détriment du nucléaire.

Le RN veut relancer le nucléaire, y compris de nouvelle génération, ainsi que l'hydroélectricité, l'hydrogène et la géothermie, et décréter un moratoire sur les nouveaux projets éoliens et solaires, avec un démantèlement progressif des parcs en fin de vie. Il s'oppose à la libéralisation des concessions hydrauliques et à l'« écologie punitive », et veut sortir du marché européen de l'électricité et baisser la TVA sur l'énergie (voir blocs 5 et 8). En juin 2025, les députés RN ont voté avec une partie de LR un moratoire sur l'éolien et le solaire lors de l'examen de la loi sur la programmation énergétique.

Les autres positions

Bruno Retailleau propose d'abroger la programmation pluriannuelle de l'énergie de 2026, qu'il juge trop favorable aux renouvelables subventionnées. Le gouvernement défend au contraire un mélange de nucléaire et de renouvelables, avec un ralentissement de l'éolien terrestre compensé par l'éolien en mer et le solaire.

Coût et financement

Effet sur le déficit
LFI
+40 Md€
LFI : +40 Md€ (Plan de 200 Md€ étalé sur le quinquennat)
RN
TVA sur l’énergie comptée au bloc 5
RN : TVA sur l’énergie comptée au bloc 5
alourdit le déficitallège le déficitFourchettes en milliards d'euros par an, selon les chiffrages cités dans chaque thème.
ProgrammeMesureCoût ou effet estiméSource du chiffrageFinancement annoncéFinancement documenté
LFISortie du nucléaire et 100 % renouvelablesSystème plus coûteux : 80 Md€ par an à long terme contre 59 Md€ pour le scénario le plus nucléarisé ; écart de 10 à 18 Md€ par an selon les scénariosRTEPlanification publiquePartiellement
LFIPlan d'investissement écologique200 Md€ (programme 2022)LFIRecettes fiscales nouvellesPartiellement
RNRelance du nucléaire au-delà des six EPR2Non chiffrée ; six EPR2 déjà estimés à 67,4 Md€ hors financementCour des comptesNon préciséNon
RNMoratoire et démantèlement des parcs éoliens et solairesNon chiffré ; incompatible avec tous les scénarios de RTERTE——
RNTVA à 5,5 % sur l'énergie11,3 Md€ par an (voir bloc 5)Institut MontaigneContribution européenne, plan d'économies non publiéNon

Sur l'énergie, le coût se mesure sur vingt-cinq ans plutôt qu'à l'échelle d'un quinquennat. Le choix de LFI revient à accepter un système électrique plus cher de 10 à 20 milliards d'euros par an à long terme, selon RTE. Celui du RN pose un problème de faisabilité plus que de coût : sans renouvelables, aucun des scénarios étudiés n'atteint la production nécessaire, et aucun réacteur neuf ne sera en service avant 2038.

Effet sur le déficit. LFI : alourdissement d'environ 40 Md€ par an, soit 1,3 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros., si le plan d'investissement de 200 Md€ est étalé sur le quinquennat, comme annoncé en 2022. Le surcoût du système électrique calculé par RTE pèse surtout sur les factures, pas directement sur le budget. RN : la TVA sur l'énergie est déjà comptée au bloc 5 ; la relance du nucléaire n'est pas chiffrée.

Les objections

À LFI. Le scénario de sortie du nucléaire est jugé faisable par RTE, mais il suppose de développer le solaire et l'éolien plus vite que les meilleurs rythmes européens, avec d'importants besoins de stockage et de flexibilité, pour un coût total plus élevé. Fermer un parc existant déjà amorti et décarboné, au moment où l'électrification des usages doit faire fortement croître la demande, revient à se priver d'une capacité précisément quand on en a le plus besoin. L'argument des dérives de coût vaut pour les réacteurs neufs, pas pour la prolongation des réacteurs existants.

Au RN. RTE montre que même le scénario le plus nucléarisé repose pour moitié sur les renouvelables : un moratoire et un démantèlement rendraient les objectifs de production inatteignables, alors que le premier EPR2 n'est pas attendu avant 2038. Il faudrait donc compenser par du gaz importé, à rebours de l'objectif de souveraineté affiché. Le moratoire voté en 2025 a d'ailleurs suscité l'indignation de toute la filière électrique et de la FNSEA, le principal syndicat agricole. Enfin, baisser la TVA sur les carburants affaiblit le signal-prix qui doit réduire la dépendance au pétrole.

Ce qui reste valide

Pour LFI : les renouvelables sont devenues compétitives, les dérives du nucléaire neuf sont documentées par la Cour des comptes, et la sobriété et l'efficacité énergétique sont nécessaires dans tous les scénarios.

Pour le RN : le nouveau nucléaire rend le système moins coûteux au total selon RTE, et l'acceptabilité locale de l'éolien terrestre est une difficulté réelle, reconnue par RTE et prise en compte par la programmation elle-même.

Pour les deux : ils se disputent sur la production d'électricité, qui est déjà décarbonée. Le vrai chantier — sortir du pétrole et du gaz dans les transports et le chauffage — est traité par LFI sous l'angle de la sobriété sans dire comment la faire accepter, et par le RN sous l'angle du refus des contraintes sans dire par quoi les remplacer.

La convergence des experts

RTE ne tranche pas entre ses scénarios, mais dégage trois invariants : l'électrification massive des usages, un développement très important des renouvelables quel que soit le scénario, et l'efficacité énergétique. Le couple renouvelables-nucléaire apparaît comme l'option la moins coûteuse, ce que reflète la programmation de 2026. Le désaccord légitime porte sur les proportions et le rythme, pas sur la nécessité de combiner les deux.

À surveiller

  • La décision finale d'investissement sur les six EPR2 et leur coût actualisé.
  • La « révision simplifiée » de la programmation de l'énergie prévue en 2027, qui dépendra du résultat de l'élection.
  • L'évolution des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient.
  • La position détaillée du RN sur l'éolien existant au congrès d'Orléans le 25 octobre 2026.

Sources

Sources officielles et institutionnelles

Programmes et positions

Analyses et presse