Présidentielle 2027 à l'épreuve des faits

Thème 9 sur 11

Logement

La crise est mesurée à tous les étages : construction très en dessous de la tendance, 2,8 millions de demandes de logement social, 350 000 personnes sans domicile. C'est l'un des rares thèmes où LFI et le RN veulent tous deux construire davantage — l'un par l'investissement public et l'encadrement, l'autre par l'allègement des normes et la « priorité nationale ». Marine Le Pen en a fait le thème central de son discours d'Hénin-Beaumont, le 13 septembre 2026.

Vécu
Se loger coûte trop cher, obtenir un logement social paraît impossible, les jeunes et les familles peinent à accéder à la propriété.
Mesuré
274 611 mises en chantier en 2025, 21,3 % sous la moyenne des cinq années précédentes ; environ 2,8 millions de demandes de logement social pour 390 000 attributions par an ; 350 000 personnes sans domicile. Le vécu est confirmé.
Imputé
LFI : un marché livré à la spéculation et un désengagement de l'État. RN : des normes écologiques qui bloquent la construction, et la concurrence des étrangers pour le parc social.

Les faits

IndicateurValeurSource
Logements mis en chantier en 2025274 611 (première estimation), 21,3 % sous la moyenne des cinq années précédentesMinistère du Logement
Logements autorisés en 2025379 222Ministère du Logement
Demandes de logement socialenviron 2,8 millions en 2025, contre 1,8 million dix ans plus tôtUSH ; Cour des comptes
Attributions de logements sociauxenviron 390 000 ménages en 2023 ; 394 000 en 2025, soit moins d'une demande sur dix satisfaite (5 % dans les zones les plus tendues), après 600 jours d'attente en moyenneUSH
Part des étrangers parmi les locataires HLMenviron 15 % ; les chiffres varient selon les organismes. 35 % des immigrés, naturalisés compris, vivent en HLM, contre 11 % des personnes sans ascendance migratoireUSH (2026) ; INSEE-INED via Fondapol (2024)
Ménages éligibles au logement socialplus de 72 %, soit 17 millionsCour des comptes
Parc social5,9 millions de logements, dont 4,8 millions HLM (environ 15 % des résidences principales)Cour des comptes
Personnes sans domicile350 000 en 2025, contre 300 000 en 2020Fondation pour le logement des défavorisés
Passoires énergétiques (DPE F ou G)3,9 millions de résidences principales au 1er janvier 2025 (12,7 %) ; 453 000 logements classés G dans le parc locatif privéSDES / ONRE

Quatre faits structurent le débat. D'abord, la construction s'est effondrée depuis 2022 sous l'effet de la hausse des taux et des coûts. Les permis repartent en 2025, mais les mises en chantier restent loin de la tendance : l'économiste Pierre Madec (OFCE) estime que plusieurs centaines de milliers de logements manquent depuis début 2022.

Ensuite, le goulet d'étranglement du logement social tient à l'offre disponible chaque année, pas à l'éligibilité. Environ 390 000 ménages entrent chaque année dans le parc, pour 2,8 millions de demandes. La Cour des comptes invite à lire ce dernier chiffre avec prudence : environ un tiers des demandeurs sont déjà locataires du parc social, et 17,4 % des demandes de 2024 ne comportaient aucun justificatif de revenus.

Troisième fait : la production publique a reculé. Les organismes HLM ont mis en chantier 71 800 logements en 2023, et près des deux tiers des communes soumises à la loi SRU n'atteignent pas leurs objectifs de logements sociaux, selon un amendement déposé par LFI.

Enfin, le calendrier du DPE retire des logements du marché locatif, mais son périmètre évolue. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être loués, puis ce sera le tour des F en 2028. Le nombre de passoires a baissé de 327 000 en un an, dont près de 40 % du fait d'un changement de mode de calcul, et une nouvelle réforme appliquée en 2026 devrait en reclasser environ 700 000 de plus.

L'argument LFI

Le marché ne loge plus le peuple : près d'un million de personnes sont privées de logement personnel, et la demande de logement social dépasse de quatre à cinq fois l'offre disponible. Le logement est devenu un produit financier, et l'État s'est retiré de la construction publique.

D'où la construction de 200 000 logements publics par an pendant cinq ans, aux normes écologiques les plus exigeantes, et l'encadrement des loyers sur tout le territoire, à la baisse dans les grandes villes. LFI veut aussi porter le quota de logements sociaux de la loi SRU à 30 % en durcissant les sanctions, créer une garantie universelle des loyers, interdire les expulsions sans relogement, abroger la loi dite Kasbarian sur les squats et les impayés, et taxer progressivement les transactions immobilières les plus élevées.

Jean-Luc Mélenchon a précisé ce volet les 25 et 28 septembre 2026, au salon Batimat. L'objectif devient 400 000 logements abordables par an, dont 200 000 publics, dont plus d'un tiers tirés du parc existant par la réquisition de logements vacants et les changements d'usage. S'y ajoutent 700 000 rénovations thermiques par an, 30 000 logements pour les jeunes et un reste à charge nul pour les ménages modestes qui rénovent. LFI chiffre l'effort à 12 Md€Milliard d'euros. par an de crédits d'État supplémentaires, complétés par un pôle public bancaire, et en attend plus de 300 000 emplois.

L'argument RN

« Le logement ce n'est pas un dossier parmi d'autres », selon Marine Le Pen, qui veut ramener la situation « à la normale » en cinq ans. Pour le RN, la crise vient d'une accumulation de normes présentées comme écologiques, qui ont renchiéri la construction, raréfié les terrains et retiré des logements du marché locatif.

Les mesures annoncées : supprimer l'objectif de « zéro artificialisation nette » (ZAN), revenir sur la réglementation environnementale des constructions neuves (RE2020) et sur les interdictions de location liées au DPE, abroger la loi SRU, et appliquer la « priorité nationale » au logement social, aux APL et au logement étudiant. S'y ajoutent la transformation de bureaux vacants — 9 millions de mètres carrés selon la candidate —, avec une taxation si les incitations ne suffisent pas, l'encadrement des locations touristiques de courte durée, la portabilité des prêts immobiliers et une loi contre les squats.

Les autres positions

Bruno Retailleau veut relancer l'accession à la propriété en permettant de déduire de l'impôt les intérêts d'emprunt immobilier, en fonction du nombre d'enfants. Le gouvernement a de son côté créé un statut du bailleur privé, salué par les promoteurs comme un levier de relance de la construction neuve.

Coût et financement

Effet sur le déficit
LFI
+12 Md€
LFI : +12 Md€ (Plan de septembre 2026 ; recoupe en partie le bloc 10)
RN
Effet direct faible
RN : Effet direct faible
alourdit le déficitallège le déficitFourchettes en milliards d'euros par an, selon les chiffrages cités dans chaque thème.
ProgrammeMesureCoût estiméSource du chiffrageFinancement annoncéFinancement documenté
LFI200 000 logements publics par an pendant cinq ans12 Md€ par an de crédits d'État supplémentaires pour le logement et le BTP, dont 3,1 Md€ pour le logement public et 5,3 Md€ pour l'isolation (plan de septembre 2026) ; 19 Md€ sans période précisée en 2017LFI (2026 ; 2017)Crédits budgétaires et pôle public bancaire, sans détail des recettesPartiellement
LFIGarantie universelle des loyersNon chiffrée——Non
LFIEncadrement généralisé des loyers, quota SRU à 30 %Pas de coût budgétaire direct———
RNSuppression du ZAN, révision de la RE2020 et du calendrier DPEPas de coût budgétaire direct ; effets environnementaux non évalués———
RNPriorité nationale pour le logement social et les APLÉconomie sur les APL non chiffrée———
RNRemplacement de MaPrimeRénov'Dispositif de remplacement non précisé——Non
RetailleauDéduction des intérêts d'emprunt selon le nombre d'enfantsNon chiffrée dans les sources consultées——Non

Le logement est le thème où les propositions pèsent le moins directement sur le budget : l'essentiel passe par la réglementation — normes, encadrement des loyers, règles d'attribution. LFI a actualisé son chiffrage en septembre 2026 : 12 Md€ par an de crédits d'État supplémentaires, contre 19 Md€ sans période précisée en 2017. Le financement de ces crédits n'est pas détaillé.

Effet sur le déficit. LFI : alourdissement d'environ 12 Md€ par an, soit 0,4 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros., selon son plan de septembre 2026 ; une partie, l'isolation et le chauffage, recoupe probablement le plan d'investissement écologique du bloc 10. RN : effet direct faible, l'économie sur les APL n'étant pas chiffrée.

Les objections

À LFI. Construire 200 000 logements publics par an reviendrait à près de tripler la production HLM de 2023, dans un secteur où la contrainte porte aussi sur le foncier, les entreprises et la main-d'œuvre. Viser en même temps les normes écologiques les plus exigeantes renchérit chaque logement : volume et qualité environnementale entrent en tension. Le plan de septembre 2026 relève encore l'objectif : 400 000 logements abordables par an, alors que l'ensemble des mises en chantier, privé compris, a atteint 274 611 en 2025. Il compte en tirer plus d'un tiers du parc existant, ce qui suppose des réquisitions à grande échelle, juridiquement encadrées et lentes. Les 12 Md€ annoncés ne sont pas rattachés à des recettes précises.

L'encadrement généralisé des loyers reste discuté : il protège les locataires en place, mais peut décourager l'investissement locatif, et son respect est imparfait là où il s'applique déjà. Interdire les expulsions sans relogement peut aussi pousser des propriétaires à retirer leur bien du marché. Enfin, relever le quota SRU à 30 % alors que la majorité des communes concernées n'atteignent pas le seuil actuel pose une question d'application plus que d'ambition.

Au RN. La priorité nationale ne crée aucun logement : avec environ 390 000 attributions par an pour 2,8 millions de demandes, la file d'attente resterait longue même si l'on changeait l'ordre de passage. Conditionner des aides à la nationalité se heurte en outre à la jurisprudence du Conseil constitutionnel déjà évoquée au bloc 1. La présidente de l'Union sociale pour l'habitat, Emmanuelle Cosse, reproche au RN d'utiliser la crise pour désigner les immigrés comme bouc émissaire.

Cas pratique : réserver tout le parc social aux Français. Avec environ 15 % de locataires étrangers, la priorité nationale appliquée aux nouvelles attributions libérerait de l'ordre de 50 000 à 60 000 logements par an pour les demandeurs français. Ce calcul est fait ici et suppose que les étrangers reçoivent une part des attributions proche de leur part parmi les locataires, faute de chiffre publié. Même en retirant tous les ménages étrangers du parc, ce que personne ne propose, on libérerait environ 800 000 logements pour 2,9 millions de demandes, et ces ménages iraient accroître la pression sur le parc privé. La pénurie est d'abord géographique, et « Français » inclut les immigrés naturalisés, nombreux parmi les locataires HLM.

Abroger la loi SRU supprime le principal levier qui oblige à produire du logement social dans les communes déficitaires : il y a une contradiction à vouloir réserver ce parc aux Français tout en cessant d'imposer sa construction. Sur le DPE, suspendre les interdictions préserve l'offre locative, mais laisse des ménages modestes dans des logements mal isolés, alors que 35 % des Français déclarent avoir eu froid chez eux en 2025. Le chiffre de 9 millions de mètres carrés de bureaux vides est une estimation de la candidate, et leur conversion est techniquement et financièrement difficile.

Ce qui reste valide

Pour LFI : l'insuffisance de l'offre sociale est documentée, la production HLM a reculé, et tous les indicateurs de mal-logement se dégradent.

Pour le RN : le coût et la lenteur des procédures pèsent réellement sur la construction, le calendrier du DPE retire des logements du marché, et la pression des locations touristiques est un problème reconnu dans les zones littorales et touristiques. L'ordre de grandeur de ses chiffres sur le DPE est cohérent avec les données officielles.

Pour les deux : le diagnostic central est partagé — il manque des logements —, et c'est le thème où les deux programmes s'accordent le plus sur le constat. Seul LFI avance désormais un montant, 12 Md€ par an, sans en détailler le financement ; le RN ne chiffre pas ses mesures.

La convergence des experts

Des acteurs aux intérêts opposés — bailleurs sociaux, promoteurs, agents immobiliers, économistes — s'accordent sur un point : la crise est d'abord une crise de l'offre, et la relance de la construction est la condition de toute amélioration. Plusieurs mesures débordent les clivages : la transformation de bureaux vacants, la lutte contre les abus de la location touristique, la simplification des procédures d'urbanisme.

Sur le parc social, la Cour des comptes recommande surtout de fiabiliser la demande et de rendre les attributions plus lisibles. Le désaccord qui demeure porte sur le moteur de la relance : production publique et encadrement pour les uns, incitations privées et déréglementation pour les autres.

À surveiller

  • Le programme détaillé du RN attendu au congrès d'Orléans, le 25 octobre 2026, et le chiffrage des mesures logement.
  • Le financement des 12 Md€ par an annoncés par LFI et leur articulation avec ses autres plans d'investissement.
  • Les mises en chantier de 2026 et les premiers effets du statut du bailleur privé.
  • L'application de l'interdiction de louer les logements classés F, prévue en 2028.

Sources

Statistique publique et sources officielles

Programmes et positions

Analyses et presse