Présidentielle 2027 à l'épreuve des faits

Thème 2 sur 11, mis à jour le 29 septembre 2026

Retraites

En bref

  • Ce que proposent les partis. LFI : retour à 60 ans avec 40 annuitésAnnées de cotisation à l'assurance vieillesse ; 40 annuités correspondent à 160 trimestres. pour tous. RN : abrogation de la réforme de 2023, avec un départ à 60 ans pour ceux qui ont commencé avant 20 ans et entre 60 et 62 ans pour les autres.
  • Ce que ça coûte. 50 à 58 Md€Milliard d'euros. par an pour LFI, 9 à 35 Md€ pour le RN, quand le déficit du système était de 6,6 Md€ en 2025.
  • Le désaccord central. Le système est-il en danger ? Son déficit est faible chaque année mais grossit d'une décennie à l'autre : les deux lectures sont exactes.
  • Ce qui reste incertain. Le financement des deux propositions, et la position finale du RN entre 60 et 62 ans.
  • À savoir. La réforme de 2023 est suspendue : sauf nouvelle loi, la hausse de l'âge légal reprendra le 1er janvier 2028.
62 ans et 9 mois
âge légal actuel, gelé jusqu'au 1er janvier 2028LFSS 2026
6,6 Md€
déficit du système en 2025 (0,2 % du PIB) ; environ 30 Md€ attendus en 2045Cour des comptes
près de 14 % du PIB
dépenses de retraite, environ 4 points de plus qu'en AllemagneCour des comptes

Face à face

LFIRN
Âge de départ60 ans avec 40 annuités, pour tous60 ans avec 40 annuités pour ceux qui ont commencé avant 20 ans ; entre 60 et 62 ans pour les autres (programme 2024)
Autres mesuresMinimum de pension au niveau du SMIC pour une carrière complète ; trimestres validés pendant les périodes de RSATaux plein à 65 ans pour les carrières incomplètes ; capitalisationRetraite financée par une épargne placée, et non par les cotisations des actifs versées aux retraités du moment (répartition). volontaire
Coût par an50 à 58 Md€9 à 35 Md€
Financement annoncéCotisations, égalité salariale, emploi des seniors, recettes fiscales : partiellement documentéCarrières longuesDispositif de départ anticipé pour ceux qui ont commencé à travailler jeunes., productivité, lutte contre la fraude : non documenté
Principale objectionCoûte environ neuf fois le déficit actuel du système, et supposerait plusieurs points de cotisation en plusÉcart de un à quatre, non expliqué, entre son chiffrage et celui de l'Institut Montaigne
Ce qui reste valideLe déficit annuel est faible, et en partie lié à la baisse de la contribution de l'ÉtatL'injustice faite aux carrières commencées tôt est réelle, et la cibler coûte moins cher qu'un retour général à 60 ans

Combien coûte chaque proposition, selon qui la chiffre

En Md€ par an. Cercle vide : chiffrage du parti. Cercle plein : chiffrage indépendant.

LFI : retour à 60 ans pour tous
LFI (Éric Coquerel) : 50Institut Montaigne : 58
RN : abrogation et carrières longues
RN (Jean-Philippe Tanguy) : 9Institut Montaigne : 34,7
Pour comparaison : abrogation simple de la réforme de 2023
  • Institut Montaigne, 2027 : 8,2
  • CNAV, 2032 : 16
  • Michaël Zemmour : 20

Trait pointillé : déficit du système en 2025 (6,6 Md€). Les estimations ne portent pas toutes sur la même année : les montants grossissent avec le temps, à mesure que les générations concernées partent à la retraite.

Le constat

C'est le seul thème où LFI et le RN se retrouvent contre tous les autres : les deux veulent revenir sur la réforme de 2023, l'un vers 60 ans pour tous, l'autre vers 62 ans, voire 60 pour les carrières longues. Le sujet est d'autant plus central que la réforme est aujourd'hui suspendue et que son calendrier doit reprendre le 1er janvier 2028, juste après l'élection.

Vécu
Travailler jusqu'à 64 ans est injuste pour ceux qui ont commencé tôt et exercent des métiers pénibles ; à l'inverse, la crainte que le système ne soit plus finançable pour les jeunes générations.
Mesuré
Déficit modeste en part de richesse nationale mais qui double à peu près chaque décennie ; dépenses de retraite parmi les plus élevées d'Europe ; niveau de vie des retraités équivalent à celui de l'ensemble de la population. Les deux ressentis s'appuient sur des faits.
Imputé
LFI : un déficit fabriqué par la baisse des recettes, notamment la contribution de l'État. RN : une mauvaise gestion qui fait payer les travailleurs modestes. Centre et droite : la démographie.

Les faits

IndicateurValeurSource
Dépenses de retraiteprès de 14 % du PIB, environ 4 points de plus qu'en AllemagneCour des comptes (2025)
Solde du systèmedéficit de 6,6 Md€ en 2025 (0,2 % du PIB), environ 15 Md€ en 2035 (0,4 %), environ 30 Md€ en 2045Cour des comptes
Rapport entre cotisants et retraités1,77 en 2025, 1,54 en 2045Cour des comptes
Niveau de vie des plus de 65 anséquivalent à celui de l'ensemble de la population, contre environ 88 % en Allemagne et dans l'OCDECour des comptes
Âge effectif de départenviron un an plus tôt que la moyenne européenne (22e rang sur 27)Cour des comptes
Écart de pension entre femmes et hommes38 % sur les droits propresCour des comptes
Régime légal actuelréforme de 2023 suspendue jusqu'au 1er janvier 2028 : âge légal gelé à 62 ans et 9 mois, 170 trimestres requisLFSSLoi de financement de la sécurité sociale, votée chaque automne. 2026
Coût de la suspension0,4 Md€ en 2026 et 1,8 Md€ en 2027 selon le gouvernementGouvernement
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Quatre faits structurent le débat. D'abord, le déficit est modeste chaque année mais s'alourdit en stock : la Cour des comptes estime qu'il atteindrait environ 30 milliards d'euros en 2045, pour une dette cumulée de l'ordre de 350 milliards pour le régime général. Les deux lectures — « pas de faillite » et « trajectoire insoutenable » — sont exactes à la fois.

Ensuite, la Cour confirme un argument souvent attribué aux seuls syndicats : une partie de la baisse des ressources en part de PIB vient de la diminution de la contribution de l'État aux retraites de ses propres agents, liée à la maîtrise de l'emploi public.

Troisième fait : la Cour a chiffré chaque levier. Avancer l'âge légal d'un an coûterait 5,8 milliards d'euros au système et 13 milliards à l'ensemble des finances publiques en 2035 ; réduire d'un an la durée requise, 3,9 et 7,1 milliards. Un point de cotisation supplémentaire rapporte entre 4,8 et 7,6 milliards, et une sous-indexationRevalorisation des pensions inférieure à l'inflation, qui réduit leur pouvoir d'achat. des pensions d'un point, 2,9 milliards dès 2025.

Enfin, la suspension votée fin 2025 dans la loi de financement de la Sécurité sociale est une pause, pas une abrogation. Sauf nouvelle loi, la montée vers 64 ans reprendra le 1er janvier 2028. Elle a été partiellement financée par une hausse de 1,4 point de la CSGContribution sociale généralisée, prélevée sur presque tous les revenus pour financer la protection sociale. sur les revenus du capital.

Les deux camps

Pour chaque parti : son argument dans sa version la plus solide, ce qu'on lui oppose, puis ce qui résiste à ces objections.

LFI

Son argument

Le système n'est pas en faillite : son déficit est minime rapporté à la richesse nationale, et il est en partie fabriqué par la baisse de la contribution de l'État, ce que la Cour des comptes reconnaît. Travailler plus longtemps quand on a commencé jeune sur un chantier ou dans un hôpital, c'est user des vies ; et les femmes touchent une pension inférieure de 38 % à celle des hommes.

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D'où le retour à la retraite à 60 ans avec 40 annuités, la prise en compte des périodes de RSA pour valider des trimestres, le minimum de pension pour une carrière complète porté au niveau du SMIC et le minimum vieillesse au seuil de pauvreté. Le financement viendrait de la hausse des cotisations, de l'égalité salariale entre femmes et hommes, de l'emploi des seniors et des recettes fiscales nouvelles.

Ce qu'on lui oppose

Le calcul de la Cour des comptes montre l'ampleur du chemin : chaque année d'âge en moins coûte environ 13 milliards d'euros aux finances publiques en 2035, et LFI propose de revenir quatre ans en arrière tout en réduisant la durée requise. Un point de cotisation rapportant au plus 7,6 milliards, financer le programme par les cotisations supposerait plusieurs points de hausse, que la Cour juge susceptibles de peser sur l'emploi ou sur le salaire net. Le niveau de vie des retraités étant déjà égal à celui de l'ensemble de la population, cela revient à faire payer davantage les actifs.

Ce qui en reste

Le déficit est faible en part de richesse nationale, la Cour elle-même relie une partie de la baisse des ressources à la contribution de l'État, et l'écart de pension entre femmes et hommes est massif.

RN

Son argument

Le RN veut abroger la réforme de 2023, jugée injuste pour les travailleurs modestes. Son programme de 2024 prévoit un départ à 60 ans avec 40 annuités pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans, un départ progressif entre 60 et 62 ans pour les autres, et une retraite à taux pleinPension calculée sans décote, parce que l'on a cotisé assez longtemps ou atteint l'âge d'annulation de la décote. à 65 ans pour ceux qui n'auraient pas assez cotisé.

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Le financement annoncé repose sur l'essor des carrières longues, la hausse de la productivité, la lutte contre la fraude sociale et une capitalisation volontaire. Dans son discours du 13 septembre 2026, Marine Le Pen a confirmé sa volonté de revenir à 62 ans, voire 60, alors que Jordan Bardella se montrait plus prudent.

Ce qu'on lui oppose

L'écart entre ses 9 milliards et les 34,7 milliards estimés par l'Institut Montaigne n'est pas expliqué, et les sources de financement avancées — carrières longues, productivité, fraude — ne sont pas chiffrées. Financer par les cotisations des employeurs contredirait son discours sur la baisse du coût du travail. La fin des régimes spéciauxRégimes de retraite propres à certaines entreprises ou professions (RATP, industries électriques et gazières…), fermés aux nouveaux embauchés depuis 2023., qu'il met parfois en avant, est déjà engagée depuis 2023 pour les nouveaux embauchés. Enfin, les divergences publiques entre Marine Le Pen et Jordan Bardella laissent incertaine la position qui serait appliquée.

Ce qui en reste

L'injustice faite aux carrières commencées tôt est réelle, et le ciblage des carrières longues coûte beaucoup moins cher qu'un retour général à 60 ans.

Pour les deux

Leur opposition à la réforme de 2023 rejoint une majorité de l'opinion. Mais ni l'un ni l'autre n'aborde le levier que la Cour juge le moins pénalisant pour l'économie : la sous-indexation des pensions, qui toucherait les retraités, électorat qui vote beaucoup.

Les autres positions

Le centre et la droite proposent l'inverse. Édouard Philippe veut relever l'âge de départ entre 65 et 67 ans, en modulant selon la pénibilité, et introduire 10 à 15 % de capitalisation. Gabriel Attal propose de supprimer l'âge légal en gardant la durée de cotisation, avec un fonds de capitalisation abondé de 1 000 euros par l'État à chaque naissance. Bruno Retailleau veut indexer l'âge de départ sur l'espérance de vie et financer une part de capitalisation par 1 % du revenu brut.

Coût et financement

Effet sur le déficit
LFI
+50 à +58 Md€
LFI : +50 à +58 Md€ (Financement partiellement documenté)
RN
+9 à +35 Md€
RN : +9 à +35 Md€ (Financement non documenté)
alourdit le déficitallège le déficitFourchettes en milliards d'euros par an, selon les chiffrages cités dans chaque thème.
ProgrammeMesureCoût estiméSource du chiffrageFinancement annoncéFinancement documenté
LFIRetour à 60 ans avec 40 annuités, minimum de pension au SMIC, trimestres RSA58 Md€ par an en 2027 ; environ 50 Md€ selon Éric CoquerelInstitut Montaigne (programme NFP 2024) ; LFICotisations, égalité salariale, recettes fiscales, effets de relancePartiellement
RNAbrogation, 60 ans pour les carrières commencées avant 20 ans34,7 Md€ par an en 2027 ; 9 Md€ selon le RNInstitut Montaigne (2024) ; Jean-Philippe TanguyCarrières longues, productivité, lutte contre la fraudeNon
RéférenceAbrogation simple de la réforme de 20238,2 Md€ en 2027 et 14,1 Md€ en 2030 ; 16 Md€ en 2032 selon la CNAV ; environ 20 Md€ selon Michaël ZemmourInstitut Montaigne ; CNAV ; Sciences Po——
RéférenceSuspension en cours0,4 Md€ en 2026, 1,8 Md€ en 2027GouvernementHausse de 1,4 point de la CSG sur les revenus du capital (2,7 Md€)Oui
Lire l'analyse des coûts

Les deux propositions coûtent plusieurs fois le déficit actuel du système, qui était de 6,6 milliards d'euros en 2025 : environ neuf fois pour LFI, cinq fois pour le RN selon l'Institut Montaigne. C'est aussi sur ce thème qu'apparaît l'écart le plus important du document entre l'estimation d'un parti et une estimation indépendante : 9 milliards selon le RN, près de quatre fois plus selon l'Institut Montaigne. Les chiffrages de l'Institut Montaigne, think tank libéral, doivent eux-mêmes être lus comme une estimation parmi d'autres.

Effet sur le déficit. LFI : alourdissement de 50 à 58 Md€ par an, soit 1,7 à 1,9 point de PIBUn centième de la richesse produite en France en un an, soit environ 30 milliards d'euros., avant un financement partiellement documenté. RN : alourdissement de 9 à 35 Md€ par an, soit 0,3 à 1,2 point de PIB, sans financement documenté. C'est le bloc au plus fort effet potentiel sur la dette. Repère : la suspension en cours coûte 1,8 Md€ en 2027, et elle est financée.

Ce que disent les experts

La conclusion de la Cour des comptes rejoint celle de la plupart des spécialistes : aucun levier ne suffit seul, et l'équilibre passe par une combinaison — âge ou durée, niveau des pensions, cotisations — pour un effort réparti entre tous les acteurs. La Cour juge aussi la règle d'indexation actuelle inadaptée au pilotage du système, par comparaison avec les régimes complémentaires Agirc-ArrcoRégime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du privé. ou avec l'Allemagne, qui ajustent automatiquement leurs paramètres. Le désaccord porte sur le dosage, pas sur la nécessité de combiner.

À surveiller

  • La reprise ou non du calendrier de la réforme au 1er janvier 2028, qui dépendra du résultat de l'élection.
  • La position définitive du RN, entre 62 et 60 ans, au congrès d'Orléans le 25 octobre 2026.
  • Un chiffrage actualisé de LFI pour le retour à 60 ans.
  • Le prochain rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites.

Sources

Sources officielles

Programmes, positions et chiffrages

Analyses et presse